
Le hurlement était le cri de guerre des Iroquois. Un de leur membre, ayant le sommeil agité et incapable de dormir, s'était levé à la première lueur du jour, pour respirer l'air du matin sur la plage de la Baie. Découvrant que le bassin était sec, et étonné de la disparition de la mare d'eau qu'il avait vue la soirée précédente (car la marée basse sur le bord de la mer est une nouveauté pour ceux qui vivent loin à l'intérieur des terres), il avait marché sur le bord du rivage. Soudainement, dans la lumière faible du crépuscule, il aperçut sur le sable les marques des pieds humains, les marques qui n'avaient pas été complètement effacées par la marée, et qui menaient dans une traînée à peine visible vers le fleuve Saint-Laurent. Ses soupçons furent éveillés, et se couchant à plat sur la rive, il scruta attentivement dans la direction prise par les pistes. Favorisé par l'air frais du matin, il perçut, comme si c'était une vapeur montant des falaises raides d'un des îlots à l'entrée de la Baie, éloignés quelques centaines de pas, et a ce que, à ce moment, il était facilement possible d'y marcher. Le doute disparut. Les empreintes de pas étaient celles des habitants du village abandonné, et cette vapeur était l'effet d'un grand nombre d'êtres humains rassemblés en un espace confiné. Les Micmacs étaient là ! Il était clair, donc, qu'ils n'avaient aucun canoë, et qu'il était impossible qu'ils s'échappent! Alors, c'était la que l'Indien avait poussé un cri triomphal qui avait réveillé ses camarades, saisissant leurs armes, avait immédiatement répété.