1. L'ILE AU MASSACRE


Par William Carson Woods
D'après J.C Taché ...ESQ.
NOTE.
Ce qui suit est probablement la plus vieille des légendes indiennes du Canada, les incidents principaux en liaison avec celle-ci furent relatés par Donnacanna à Jacques Cartier lors de sa remontée du Saint-Laurent en 1535. Elle a été racontée avec charme par le défunt J.C. Taché, Esq., d'Ottawa, et la présente version est, dans une grande mesure, une adaptation du conte donnée par lui dans la revue " Les Soirées canadiennes. "
L'histoire est soigneusement préservée parmi les traditions des tribus Micmac et Maléchite à travers les Ainés qui l'ont transmise de père en fils, et il est à noter que, M. Taché la recevait il y a un demi-siècle d'un vieux chef Micmac et l'auteur a récemment reçu sensiblement le même récit tel que raconté ici par Paul Bryiere, guide Maléchite (Malécite) bien connu de la région de BIC.
La justesse avec laquelle les détails correspondent fait qu'aucune variation n’est justifiée de ceux donnés dans le récit de M. Taché et venants comme tels de deux sources largement différentes démontre un exemple de la fidélité montrée par les Indiens a transmettre à leur postérité les événements importants dans l'histoire de leur peuple.

CHAPITRE I.

Il y a longtemps, un peu plus d'un an avant que la France n'ait connu l'existence du fleuve Saint-Laurent, cinquante familles d'Indiens Micmac demeuraient dans cette zone maintenant si bien connue des sportifs canadiens, ce secteur se trouvant entre Rivière-du-Loup et Métis. Leurs demeures, encadrant le rivage sud du fleuve Saint-Laurent s'étalant sur une centaine de milles et se prolongeant vers l'intérieure jusqu'aux hautes terres, était l'extrémité occidentale du territoire occupé par les Micmacs, qui, avec la tribu voisine de Maléchites, formaient une grande branche de la famille algonquine.
À l'heure de ce que nous écrivons, cette race de gens robuste, la première à rencontrer Jacques Cartier et ses compagnons aventureux dès leur arrivée dans le Nouveau Monde, ont habité la totalité de cette région à laquelle la France après a donné le nom de l'Acadie, et des eaux du fleuve Saint-Laurent vers l'est à l'océan et vers le sud à la Baie de Fundy, étaient les maîtres incontestés de cette terre. Leur territoire était riche et fertile, le pays des Micmacs sur le fleuve Saint-Laurent étant spécialement ainsi, et abondant en tout ce que ses habitants indiens percevaient être nécessaires pour le bien-être et le bonheur de l'humanité. Les orignaux, le caribou, et le plus petit gibier étaient abondants. Les bois grouillaient avec des lièvres et la perdrix, les fleuves et les lacs abondaient de truite, l'anguille, et le" touladi" ; et la prise estivale de la morue ou des saumons, et plus prisé encore, du phoque et du marsouin, du fleuve Saint-Laurent, était seulement rivalisé par les myriades d'oiseaux aquatiques s'assemblant sur ses berges. Le bouleau pour bâtir des canoës, le pin et l'érable contribuant sa sève sucrée, croissait à profusion dans toute la forêt. Telle était la richesse naturelle de la terre, que quand, un missionnaire jésuite écrivit quelques années après, résuma ses remarques en ajoutant, que " ; le palais du Roi Solomon lui-même n'était pas mieux pourvu par son armée de fournisseurs, " ; et le sportif qui connaît les ressources du pays d'aujourd'hui ne considérera pas l'éloge non mérité.
Les Micmacs, un peuple travailleur et intelligent, n'était pas indigne de leur bonne chance. Ils ont non seulement apprécié, mais ont profité tant d'avantages, et en étant éloignés des tribus féroces de l'ouest, et du sud, qui les molestaient que rarement, jouissaient d'une tranquillité rare parmi des nations indiennes. Chassant le caribou ou trappant le castor en hiver, chassant le carcajou et l'ours ou prenant les saumons et la morue en été, en paix entre eux et loin de leurs ennemis, ils passaient leurs vies dans le contentement et la facilité, heureux dans ce milieu naturel et généreux par laquelle ils étaient entourés. La chasse hivernale était terminée, les poissons de profondeur avaient déjà fait leur apparition, et la cinquante de familles, chargées de leurs fourrures ou d'autres butins de la chasse, avait abandonné, pendant un certain temps, les sentiers piétons bien utilisés de la grande forêt intérieure.
Comme la coutume annuelle le voulait, ils s'étaient réunis à la Baie du Bic, pour se reposer de leurs travaux, et pour passer quelques semaines ensemble de vie de village , avant la dispersion le long du rivage du fleuve Saint-Laurent aux différentes stations occupées par chaque groupe pendant la période de pêche. L'été approchait rapidement. Le feuillage vert tendre des trembles, des ormes, des érables, et d'autres arbres bourgeonnants se mélangeait déjà avec la couleur plus sombre et majestueuse des pins et sous l'influence du soleil plus chaud et des marées plus élevées du printemps, la Baie du Bic était à nouveau libre de la glace qui pendant des mois avait couvert sa poitrine, semblant maintenant toute belle dans sa nouvelle fraicheur.
Peu de lieux ont un charme pittoresque comme le BIC. Parsemée par les plateaux herbeux, falaises escarpées, et des caps vierges, la ligne côtière est encerclée par un amphithéâtre de montagnes desquelles, à chaque extrémité, en rapide ou cascade, un ruisseau coule rapidement; au nord, lié par les collines aux multiples pins et veillé par deux îlots rocheux, une entrée étroite encadre la vue du noble fleuve Saint-Laurent, alors que loin sur le fleuve l'île du BIC et plus loin encore les pales montagnes sur le rivage éloigné, marque l'horizon. C'était vis-à-vis de ce plan d'eau, sur un des plateaux encadrant la plage, et parmi une plantation d'érable et de cerisiers sauvages, que les cabines de forme pyramidale des Micmacs avaient été placées.
Du centre du village, les chemins zigzaguaient dans différentes directions vers les montagnes, et le long de ces dernières et par des sentiers garnis de pièges pour trapper les lièvres, les tipis devenaient graduellement perdus de vue dans les profondeurs de la forêt. La vie de village des gens était tranquille et heureuse, et les heures passaient rapidement, soit dans les rêveries plaisantes appréciées des Indiens, dans le travail de préparer et de traiter leurs fourrures, ou à la fabrication des articles pour les vêtements ou pour l'utilisation ménagère. La construction de canoë, en particulier, était l'un des métiers du printemps, car la sève traversant alors ses veines rend le bouleau facile à éplucher, et les plus jeunes hommes du village étaient assignés annuellement à la tâche de retourner en forêts, pour qu'ils puissent obtenir des arbres géants les grandes bandes de l'écorce nécessaires dans ce but. Près d'un mois, avait alors passé depuis le début de la réunion des familles à la Baie, et, mais un jour ou deux avant, l'équipe pour l'écorce, avait souhaité revoir à leurs amis, et leur promettant un retour prompt, avait pris le départ pour leur expédition.
C'était un beau matin, un calme plaisant était dans l'air, toute la nature semblait faire bon accueil au soleil de mai sous lequel le Baie scintillait, et au campement indien les enfants de la nature, comme les chanteurs à plumes autour d'eux, appréciaient la chaleur et l'éclat du printemps. Devant leurs portes de wigwam ou sur le terrain du village les hommes étaient occupés à former le cèdre pour leurs canoës, les enfants jouant joyeusement sur le gazon, femmes âgées et les filles, se reposant parmi les fourrures, travaillaient aux mocassins et aux manteaux ou broderie de "matachias ", et pendant des branches des arbres près étaient "les nagdnes " ; contenant les enfants en bas âge, tandis qu'assis près d'eux étaient leurs mères, qui ont fréquemment retiré l'oeil ou la main du tressage de racines qu'elles préparaient, l'un ou l'autre pour donner à un regard affectueux ou une poussée aux berceaux minuscules. Le futur était heureusement caché, les difficultés de l'hiver passé étaient déjà oubliées, le présent était à eux; rarement après avoir éprouvé d'ennui sérieux il n'était pas entré dans leurs pensées, et en attendant ils s'étaient amusés comme ceux pour qui le malheur est inconnu peuvent le faire, leur industrie et sécurité semblant, leur attitude nonchalante, ajoutait un charme aux nombreuses qualités de ces gens.

CHAPITRE II.

Assis ainsi, rêvant, causant ensemble dans une tonalité basse, tranquilles qui caractérisent les rapports des familles indiennes, quand deux jeunes hommes de l'expédition d'écorce furent vu courant à toute vitesse le long du sentier principale vers le campement. Bien que cette arrivée était inattendu, les Micmacs continuaient leur conversation, et bien que les tonalités plus fortes des squaws aient trahi l'inquiétude et l'excitation les hommes ne démontraient ni curiosité et ne cessairent pour un instant leur travail tranquille. Essoufflé et presque épuisé les coureurs atteignirent le centre du groupe sur la pelouse du village, et du regard observerèrent pour un instant la scène paisible autour d'eux, attendant le signal de leurs aînés pour parler. Puis, interrogés par le chef, ils indiquèrent la raison de leur retour soudain. La soirée du jour précédent tandis que l'expédition d'écorce pénétrait insoucianmment dans la forêt, un des meneurs avait entendu le bruit de voix s'approchant, et informa ses camarades à la hâte de se cachés dans la broussaille avoisinante. Quelques moments plus tard ils furent étonnés pour voir un groupe d'étrangers, habillés de peinture de guerre, se déplaçant rapidement le long du sentier en direction de la Baie.
Telle était la nouvelle apportée par les jeunes hommes au cercle rassemblé autour d'eux, et en un instant la scène se changa en une d'angoisse et de confusion. Non habitués à la guerre et à ses terreurs, les squaw effrayées poussaient des cris d'alarme, et entourées des enfants s' accrochant a elles ou en pressant les bébés dans le "nagânes" ; à leurs poitrines, se jetaient pleurant dans les huttes comme pour chercher un refuge instantané. Mais connaissant cependant bien la pleine portée de nouvelle comme cette dernière, les guerriers Micmac, avec le stoicism de leur race, ne démontrèrent aucune surprise ou crainte." Les chiens ! " ; était leur cris méprisant, et tandis que les tipis frêles résonnanent de sanglots pitoyable, les pères de la tribu calmement mais rapidement prenèrent conseil pour la meilleur facon comment faire face à ce danger imprévu.
Les envahisseurs, au dire d'être nombreux, avançaient le long d'une des principales voies de la forêt, une voie à utilisation fréquente menant directement au village, et selon les calculs des deux coureurs, atteindraient Baie du Bic de bonheur cette même soirée. Les autres membres de l'expédition d'écorce étaient demeurés dans les bois pour effectuer une surveillance de l'ennemi, et pour donner l'alerte de leur approche quelques heures à l'avance. Que devait être fait ? Une action immédiate était nécessaire car à peine huit heures passeraient entre le moment actuel et celui quand le cri de la bataille ferait écho dans les bois. Pendant que les intrus s'approchaient par voie de terre, une voie d'évasion simple et sécuritaire dans d'autres circonstances aurait été ouverte, à savoir, descendre le fleuve Saint-Laurent pars canoës, et rejoindre le campement de la tribu à Matane. Pour effectuer ce plan, cependant, un canoë était nécessaire pour chaque famille, et les villageois n'en possédaient alors que cinq vieux qui avaient été récemment réparés, et sufficient pour les besoins d'une vie paisible qui avait été la leur une heure plus tot. L'évasion par voie de terre, avec de vieux hommes, les femmes, et les enfants, en présence de guerriers ennemi, était simplement impossible.
Peu de temps étaient disponible pour évaluer la situation, rapidement la décision des guerriers fut prise, et sans perdre de temps , les cinq canoës équipés et bien stockés avec de provisions furent donnés à plusieurs des hommes les plus âgés de la tribu, sous laquelle la charge les femmes qui deviendraient bientôt des mères et ceux avec des bébés au sein, furent envoyées vers le bas du fleuve Saint-Laurent au village de leurs frères à Matane. De cette façon environ trente âmes, les plus délaissés et méritant la pitié, furent épargnés de l'angoisse du moment et des périls du futur. Pour ceux demeurant derrière étaient résoulus à conquérir, ou, si nécessaire, mourrir en combattant bravement à la défense de la terre mère. Telle était la détermination prise par les Micmacs, et immédiatement toutes les préparations possibles furent faites pour offrir une résistance désespérée aux envahisseurs.
Tandis que tout ceci se passait dans le malheureux camp, les nouveaux arrivants avancaient avec précaution mais avec rapidité par la forêt. Leur itinéraire s'étendait le long d'un chemin bien défini, traversant un pays montagneux mais facilement parcouru qui ne présentait des lacs ni de grands fleuves de manière capables à entraîner un retard sérieux. Le secteur le plus difficile de la route se trouvait dans le voisinage immédiat de la Baie, mais là les nombreuses voies entourant les ravins des montagnes et convergeant vers le village, les voies le long desquel les Micmacs passaient quotidiennement en allant aux bois adjacents pour le gibier au besoin, offerait aux envahisseurs non seulement une manière simple d'approche, mais les avantages incalculables pour une attaque comme celle qui avant été médité.

CHAPITRE III.

D'une connaissance intime du terrain, et profitant de la confiance des étrangers qui sans aucun doute soupçonnaient la présence de scouts autour d’eux, les Micmacs restants dans les bois s'étaient parfaitement mis au courant de tout ce qu'il était important de savoir. La nuit du départ des deux coureurs pour le campement au BIC, les scouts avaient facilement découvert que les étrangers qu'ils observaient étaient une bande d'Iroquois, destiné au pillage, et composé d'environ cent guerriers. Cette bande était, plus que probablement, un détachement d'une des grandes expéditions, qui, à cette période, et pendant longtemps, la nation Iroquoise envoyait dans la vallée du Saint-Laurent. Très rarement, les Iroquois prenaient d'autres itinéraires que celle du Saint-Laurent quand elles osaient s'infiltrer dans le pays de leurs voisins nordiques, parce que cette vaste région n'était pour eux qu'un véritable pays inconnu, et il aurait été nécessaire, d'ailleurs, de traverser le territoire des Abenaquis, une tribu vaillante et guerrière de la Nation algonquine, qui ne permettrait pas un passage facile aux ennemis de leur race.
Fréquemment, cependant, après avoir marché le long de la rive du Saint-Laurent, les Iroquois remontaient le long des plus grands des rivières tributaires, soit pour y chasser, quand ils avaient besoin de provisions, ou pour piller les villages et établissements de l'intérieur. Facilité par leur observation aiguë, et avec cette intuition merveilleuse innée aux Indiens, les Micmacs surent immédiatement que leurs ennemis avaient atteint l'intérieur par la grande rivière qui aujourd'hui s'appelle le Trois Pistoles, et puis étaient montés par un petit tributaire de rivière maintenant connue sous le nom de Bouabouscache, jusqu'à trouver les "portages " nombreux, et découvrant sur les banques du Bouabouscache le "chemin plaqué " ou chemin forestier utilisé récemment par les Micmacs, ils avaient laissé leurs canoës afin de suivre les traces des familles dont la proximité étaient ainsi indiquée. Ces faits établis, les éclaireurs Micmac se divisèrent en deux petites bandes, la mission d'une était de suivre les Iroquois avec précaution, de donner l'alarme aux habitants à quelques heures de leur approche du village, et de rester avec eux pour sa défense. L'autre bande, composée de cinq braves sélectionnés, resta dans la forêt, parce que les jeunes hommes avaient conclu que, que l'ennemi ait réussi l'attaquant le village ou pas, pleine vengeance seraient pris sur eux pour leur invasion injustifiée. La mission, donc, des cinq Indiens, était de suivre et d'examiner les traces des Iroquois, pour commencer, si possible, leur vengeance, et, ayant fait cela, de trouver les moyens d'exercer une vengeance complète.
Nous suivrons ce dernier groupe pendant un certain temps lors de leur mission délicate et dangereuse.
Après une marche forcée d'une demi-journée sur les sentiers récemment utilisés par les intrus, ils atteignirent les bords de la rivière Bouabouscache, à un endroit où les traces des Iroquois soudainement se terminèrent. Les Micmacs avaient prévu ceci, et il ne leur causèrent donc, pas de surprise. Après un examen minutieux du voisinage, et connaissant cette forêt de leur propre pays tellement bien qu'il était presque impossible pour l'homme ou la bête de déplacer une branche sans être inaperçue, ils découvrirent les traces estompées d'une descente sur le rivage sud de la rivière, duquel les Iroquois, avaient marché dans l'eau, avaient atteint un gué de cailloux menant à la route sur laquelle ils s'étaient mis en route pour le BIC. Les autres traces, invisibles à tous sauf aux Indiens, menèrent à une pile des branches cachées par quelques jeunes arbres-déracinés au pied d'une petite falaise, et sous ces branches se trouvaient vingt canoës Iroquois, façonnés sur un modèle très différent de ceux utilisés dans le pays. Les canoës étaient là avec des poteaux et des pagaies mais riens d'autre. Comme il était tout à fait improbable que les Iroquois aient porté avec eux au BIC tous les bagages, et particulièrement toutes les provisions, nécessaires pour une expédition éloignée dans une terre inconnue, et, en effet, avait semblé légèrement chargé lors de leur marche, les Micmacs poursuivirent leur recherche. Enfin, à environ un mille de la cache où les canoës avaient été cachés, ils réussirent à découvrir des marques d'une autre descente sur la banque nord de la rivière, et après avoir suivis ces traces trouvèrent, les bagages et provisions cachés ou enterrés dans la terre par les Iroquois. Ils avaient tout vu, et maintenant était venu le moment pour un conseil prompt, et après pour une action prompte. Comme tous les hommes de nature contemplative, les Indiens possèdent la faculté précieuse de la concentration, si nécessaire à l'unité et à l'accomplissement du but visé. Contrôlant pendant un moment, leurs craintes pour les nombreux êtres aimées en péri à ce moment, ils discutèrent rapidement quel cours d'action à suivre, leur pensé étant que le BIC était aux prises avec une bande d'ennemis détestés, qui venaient leur faire la guerre sans provocation, et qui ne devraient recevoir aucune possibilité d'évasion.

Gravure sur bois

 

 

 

John Henry Walker (1831-1899)
1850-1885, 19e siècle
Encre sur papier - Gravure sur bois
38.5 x 48 cm
Don de Mr. David Ross McCord
M930.50.7.634.1-2

À deux jours, de distance en canoë, se trouvait un campement amical d'Indiens Maléchite (Malécite). Le Bouabouscache, comme nous avons vu, se décharge dans la Trois Pistoles.
Remontant cette dernière rivière un petit lac est atteint, par quelques portages d'une centaine de pas, le voyageur arrive à la chaîne des lacs Acheberache, et de ces lacs, par la rivière d'Acheberache, il peut descendre dans le grand lac Témiscouata, qui vide ses eaux dans la rivière St. John, par la belle rivière Madaouaska
Indépendamment de la descente, courte, mais pleine de portages de l'Acheberache, cet itinéraire, qui est la communication normale entre les vallées du Saint-Laurent et de la rivière St. John, peut être traversé par canoës avec la plus grande facilité, excepté quelque portages courts et faciles interrompant l'utilisation de la pagaie, et plus que la moitié du voyage étant fait sur les eaux dormantes des lacs. C'était à la bouche du Madaouaska, aujourd'hui connue sous le nom de Petites Chutes (Edmunston), que le village Maléchite dont nous avons parlé était alors situé. Les Indiens Maléchite étaient alliés des Micmacs. Ils diffèrent de ces derniers, cependant, dans le dialecte, et légèrement en coutumes et usages, montrant, également, une individualité singulière en confectionnant plusieurs des articles qu'ils utilisent, et, en effet, même aujourd'hui un canoë Maléchite peut, à une distance, être distingué de ceux des autres tribus à cause de sa forme particulière. Comme tous les Algonquins, les Indiens Maléchite avaient une haine profonde de l'Iroquois, et cette haine, richement démontrée, aurait occasionné de fréquentes rencontres entre les deux nations, si les Iroquois plus nombreux avaient connu mieux la terre des Maléchites. En décidant, donc, de demander le secours des guerriers de Madaouaska, les cinq Micmacs étaient d'avis certain qu'on les leur accorderait. Sans perdre un instant, deux guerriers du groupe utilisèrent un canoë Iroquois afin d'aller demander à leurs alliés des aides dans la poursuite des envahisseurs. Les autres restèrent sur les bords de la Bouabouscache pour accomplir les trois objectifs de détruire les canoës et les provisions qu'ils avaient trouvés, de préparer des embuscades et des chemins cachés pour faciliter leur propre retraite de l'attaque, et d'observer avec précaution le retour de l'ennemi.

CHAPITRE IV.

En attendant, revenons au BIC.
Un peu avant le coucher du soleil de ce même jour, les Iroquois avaient atteint le voisinage immédiat du village. Ils ne s'imaginaient pas qu'ils avaient été découverts, et, de tout ce qu'ils avaient vu, ils comptaient surprendre entièrement les Micmacs dans l'abandon de la sécurité parfaite. C'était l'heure où, sur le rivage du Saint-Laurent, les mouettes redoublent leurs cris aigus, comme si pour saluer à l'avance la fin du jour ; l'heure quand, haut dans les airs, les corneilles se rassemblent et dans les rondes bruyantes et fantastiques effectue leur dernier vol avant de chercher un endroit de repos pour la nuit. Après être arrivé au rivage occidental de la Baie, les Iroquois firent une première reconnaissance des sentiers convergeant vers le village, et divisèrent immédiatement leur bande en plusieurs groupes. Puis, assoiffés de sang, avec une motion furtive, leurs corps se plongent en avant, et leurs oreilles attentives sur chaque bruit, ils avancèrent, le tomahawk à la main, diminuant à chaque pas le cercle formé autour du village. Ils atteignirent les habitations, mais à leur fureur et déception tout ce qu'ils pouvaient voir était les ruines d'un camp qui semblait avoir été abandonné depuis déjà plusieurs jours. Grâce à la lumière du jour restante, ils cherchèrent à la hâte les environs de la forest et les rivages de la Baie. Aucun être humain n'était là. Ils écoutaient et aucun bruit ne fut entendu autre que celui de la montée subite d'un fleuve calme caressant la plage et le murmure des arbres, le requiem d'un beau jour, chuchotant doucement le long du fleuve. Après une autre recherche prolongée, et convaincue de leur échec complet, l'appel du rassemblement fut donné, et chagrinés et déconcertés ils revinrent à la plage.
Devant eux s'étendait la belle étendue d'eau qui remplit le bassin du BIC, présentement illuminé par les dernières réflexions du crépuscule, alors que l'air stimulant du Saint-Laurent, chargé des parfums de sel et d'algue, régénérait et revivifiait leurs corps épuisés, tombants due à la longue et rapide marche du jour. Puis, retournant dans les bois, ils cherchèrent la clairière occupée ce matin par les tipis de Micmac, pour y préparer un camp pour la nuit, et pour s'abandonner aux réflexions désagréables provoquées par leur déception inattendue.
La nuit était calme et sans mouvement. Les sentinelles, que les Iroquois prenaient toujours soin de placer pour monter la garde, n'entendirent aucun bruit seulement le cri lugubre du hibou, attiré par la fumée du feu de camp. Ils ne virent rien seulement les aurore boréales, les étranges "danses des marionnettes " dans les cieux nordiques, qui dans ce territoire est si fantastiquement beau. Tranquille fut la nuit, cependant, aux envahisseurs venant du Sud cela semblait long et affreux, leur sommeil ne fut point en harmonie avec le repos doux de la nature autour d'eux. Enfin, la lumière faible de l'aube apparut dans le ciel oriental, promettant un jour aussi paisible que la nuit qui finissait. Elle fut saluée, au lieu de cela, par un hurlement horrible venant du rivage du fleuve, hurlement qui se réverbéra à plusieurs reprises des échos dans les montagnes environnantes.
L'ile pendant la marée hauteLe hurlement était le cri de guerre des Iroquois. Un de leur membre, ayant le sommeil agité et incapable de dormir, s'était levé à la première lueur du jour, pour respirer l'air du matin sur la plage de la Baie. Découvrant que le bassin était sec, et étonné de la disparition de la mare d'eau qu'il avait vue la soirée précédente (car la marée basse sur le bord de la mer est une nouveauté pour ceux qui vivent loin à l'intérieur des terres), il avait marché sur le bord du rivage. Soudainement, dans la lumière faible du crépuscule, il aperçut sur le sable les marques des pieds humains, les marques qui n'avaient pas été complètement effacées par la marée, et qui menaient dans une traînée à peine visible vers le fleuve Saint-Laurent. Ses soupçons furent éveillés, et se couchant à plat sur la rive, il scruta attentivement dans la direction prise par les pistes. Favorisé par l'air frais du matin, il perçut, comme si c'était une vapeur montant des falaises raides d'un des îlots à l'entrée de la Baie, éloignés quelques centaines de pas, et a ce que, à ce moment, il était facilement possible d'y marcher. Le doute disparut. Les empreintes de pas étaient celles des habitants du village abandonné, et cette vapeur était l'effet d'un grand nombre d'êtres humains rassemblés en un espace confiné. Les Micmacs étaient là ! Il était clair, donc, qu'ils n'avaient aucun canoë, et qu'il était impossible qu'ils s'échappent! Alors, c'était la que l'Indien avait poussé un cri triomphal qui avait réveillé ses camarades, saisissant leurs armes, avait immédiatement répété.
Sur l'îlot tout était calme. Aucun cri de réponse n'était venu jusqu'ici de l'endroit ou l'Iroquois, un instant plus tard, indiqua aux guerriers armés rassemblés autour de lui. Mais les Micmacs savaient maintenant que leur cachette avait été découverte, et dans une petite caverne qu'il est toujours possible de voir dans les côtés raides de la roche de l'îlot, et dans lequel, pendant toute la nuit, les hommes, les femmes, et les enfants, étroitement collés ensemble, et maintenant le silence le plus profond, avaient espéré contre tout espoir de s'échapper, des engagements furent une fois de plus pris pour défendre jusqu'à la dernière goutte de sang leur terre, la terre aimée, de leurs ancêtres.
Peu de temps s'écoula avant que les préparatifs de l'envahisseur pour l'attaque fussent complets, et pendant ce temps la marée commença de nouveau à monter. Les Micmacs avaient beaucoup compté sur leurs chances de succès face à une résistance à l'ennemi. Enfin, en ordre de bataille, l'ensemble des Iroquois se mit en avant vers l'île. À peine avaient-ils commencé à avancer, que, tous les Micmacs en mesure de porter les armes, sortirent du rocher et se placèrent eux-mêmes, avec les guerriers à l'avant, sur l'étroite plage de l'île, autour de laquelle la marée montante entourait rapide. Les Iroquois, bien que convaincu de la victoire, estimaient, néanmoins, que ces hommes courageux, combattants pour la vie des femmes et enfants derrière eux, ne seraient pas des ennemis dont ils pouvaient se permettre de mépriser, ou qui ne mourraient pas sans une lutte acharnée. Ils s'approchèrent avec prudence, donc, et dans l'ordre, progressant vers l'île le long d'un bras étroit qui la relie avec le continent, et qui était rapidement couvert par les eaux montantes. Des rangs des deux, assaillis et assaillants, des nuages de flèches, volant dans un silence mortel, traversaient rapidement l'air, le sang coula librement; les guerriers des deux côtés chantant les chansons de la mort de leur race tombèrent mortellement blessés, tandis que d'autres, grièvement blessés par les flèches perçant leur corps, se retiraient de la mêlée.
Au départ, le combat était clairement en faveur des Micmacs, qui, fermement plantées sur un terrain solide, étaient dans la meilleure position possible pour porter à tous les coups, leurs opposants, quant à eux, progressaient lentement et avec difficulté sur les sables mouvants et instables. Les premiers des Iroquois, jusque-là empêchés de se propager par la marée montante, gagnèrent la plage de l'île, et agitant leurs arcs vers les guerriers dans les rangs derrière eux, se précipitèrent en criant, tomahawks à la main, sur leurs ennemis.
Une dernière volée de flèches destructives furent envoyées, à courte distance, par les villageois assiégés, qui, en fermant leur rang, coude à coude, avec les haches de guerre levées, et en criant le cri de leur peuple, attendaient de façon résolue l'attaque à venir. L'assaut fut féroce. Les Iroquois étaient reconnus pour leurs guerriers, et le souvenir de nombreux triomphe, ajouté au mépris ressenti envers leurs voisins paisibles du Nord, leur donna l'impulsion d'un effort ultime afin de mettre fin à la lutte d'un seul coup. Pendant un temps, il semblait qu'ils réussiraient, mais aussi féroce fût leur attaque, ils ne brisèrent pas la phalange Micmac, qui luttait avec un courage et une fermeté admirable, réussissant avec succès à garder son terrain. Ils furent cruellement pressés, mais ils combattirent bravement, et enfin avec la force pure et détermination, ils réussirent à forcer les adversaires dans l'eau.
Les Iroquois, sentant l'impossibilité d'obtenir une victoire immédiate et voyant l'augmentation des eaux montantes derrière eux, finalement se retirèrent vers le continent, maintenant un bon ordre, mais poursuivis par les railleries et flèches, de ceux qu'ils étaient venus jusqu'ici pour assaillir. Dans les deux camps, un certain nombre avaient été tués et beaucoup étaient blessés, et les deux parties étaient épuisées de fatigue. Les blessés de chaque tribu furent emportés par leurs camarades, et les morts laissés sur le sable, roulants au gré des vagues et couverts par la montée de l'eau et de réapparaître, livide et épouvantable, la prochaine marée basse.
Déconcertés et battus pour l'instant, mais confiants en leur force supérieure, les Iroquois ne pouvaient que se reposer et récupérer eux-mêmes. Il n'était pas de même pour les Micmacs. Leurs pertes, alors que beaucoup moins nombreuses, étaient relativement beaucoup plus grande, et fut, en outre, subis par les meilleurs hommes de la bande, un groupe composé de combattants de tous âges et capacités. Ils savaient bien aussi, que les Iroquois ne sauraient pas, une deuxième fois, commettent l'erreur de les attaquer au cours d'une marée montante, et estimèrent qu'ils n'étaient pas suffisamment solides pour répondre à l'ennemi ouvertement et sans protection. Une brève consultation fut organisée par les guerriers, et les femmes furent immédiatement ordonnées d'élever une espèce de fortification en face de la caverne. Pour un ouvrage comme celui-ci, le terrain était bien adapté, et qu'en face sur le bord de l'entrée de la grotte étaient un certain nombre de gros rochers détachés, en apparence comme les monuments des druides, formant une petite embouchure semi-circulaire à l'entrée. Le but des Micmacs était de barricader les espaces entre les pierres, et après avoir obtenu une base solide, de renforcer l'ensemble du mur de rempart de la manière généralement adoptée par les Indiens pour une défense de la sorte.
Pagaies, cannes à pêche, les pôles de wigwams, et ces petits plants qui grandissent ici et là entre les crevasses des rochers sur les côtés de l'île, furent utilisés par les femmes pour la construction d'une double palissade, qui fut renforcée encore davantage par les pierres, sable, des fourrures, et même des bagages et des provisions, entassé, et si bien furent employées les heures de répit donné par le reflux des eaux, que la prochaine marée basse trouva les Micmacs derrière de solides fortifications. Grâce à leurs aides, ils purent se prévaloir de l'aide de leurs camarades blessés, les femmes et même les enfants plus âgés, pour la défense, combattants sous la protection de la palissade, tandis que les hommes non blessés défendraient l'approche de l'eau de la côte. Les Iroquois situés plus loin furent témoins de l'activité de leurs ennemis avec curiosité. Ne connaissant pas la nature du terrain avoisinant la caverne, ils n'avaient aucune idée de l'efficacité que de tels préparatifs pour une résistance féroce étaient en cours, et immédiatement à la baisse de la marée, l'ensemble des bandes, une fois de plus se mit à avancer, en ordre de bataille, en direction de l'îlot. Plus long et plus amer serait désormais l'attaque, charge après charge étaient faite contre la malheureuse bande Micmaque , et charge après charge furent repoussées, jusqu'à ce que les Iroquois réalisent que tous les efforts visant à atteindre la barricade de leurs ennemies serait infructueux, furent une deuxième fois, forcée à la retraite, déconcertée et déconfite, vers le continent. Là encore, les deux assiégeants et assiégés étaient affaiblis par la perte de tuer et de blessés, mais une fois de plus la victoire des Micmacs avait été payée très cher.
Autour de l'embouchure de la caverne qui abritait les femmes en pleurs et les enfants, les ardents guerriers, couverte de blessures, gisaient morts ou mourants, et les survivants désespérés, savaient que l'aide ne pouvait pas arriver à temps, et que leur dernière victoire avait été acquise, estimaient que l'espoir avait fui. Les envahisseurs Iroquois qui avaient compté sur leur nombre supérieur, maintenant réalisaient qu'ils avaient sous-estimé le vouloir désespéré de leurs adversaires, et regrettaient de ne pas avoir utilisé plus tôt d'autres moyens à leur disposition pour obtenir la victoire. Il était clair, aussi, que la position des assiégés avait bien été choisie, à partir d'une seule direction, de même que le rivage bas de la banque qui apparaît à marée basse, fait qu'il était impossible de les attaquer, les rives abruptes de la petite île dans tous les autres côtés étaient sans cesse entourées par des eaux profondes.
La longue journée commençait enfin à se terminer, et la nuit une fois de plus apportait la marée haute, la dernière que les Micmacs étaient condamnés à voir monter sur les rives de la belle Baie. La position désespérée de leurs adversaires était évidente pour les Iroquois, qui maintenant craignaient que sous le couvert de l'obscurité les Micmacs puissent tenter de quitter l'île, et de se disperser dans les montagnes près de la Baie, cherchant à échapper par la fuite à la mort qui approchait si rapidement. Pour parer, par conséquent, à une telle possibilité, les envahisseurs du sud passèrent la nuit à garder la lame de terre qui conduit de l'île au continent. Mais la précaution était inutile. Les villageois savaient trop bien la futilité de toute tentative de ce type, et la lueur des feux de camp de leurs ennemis, dansant sur les eaux de la baie entourant l'obscurité, ne servait qu'à révéler un groupe pitoyable, heureux de sortir de la grotte étouffante, et de respirer dans le calme profond du désespoir leur dernier souffle de la brise fraîche du Saint-Laurent.
Une autre aurore apparue, et l'aube d'une autre marée basse, dont les Iroquois, s'empressèrent de faire le meilleur usage. Marchant vers l'île, leur bande, alors distant d'une portée de flèches du rempart Micmac, brusquement s'arrêtèrent. Ensuite, les malheureux occupants de la caverne, maintenant défendue que par de vieux hommes, des femmes, des enfants, des guerriers blessés, virent plusieurs ennemis allumer d'énormes torches d'écorce, et s'approcher de leur position à la course, chaque porteur étant accompagné par deux compagnons transportant des grands boucliers de bois dur, fait par eux au cours de la nuit, et contre lequel la plus forte des flèches était en vain. Rapidement, ils avancèrent, bien soutenus par leurs camarades, qui, depuis le plus élevé du terrain à l'arrière, balayaient tous les surfaces du mur du rempart avec des des volées de flèches bien dirigées. En quelques minutes, la faible palissade était en feu. Tous en criant, les Iroquois se retirèrent à une centaine de pas, et attendirent, avec tomahawks prêts, la venue de leurs proies. L'attente ne fut pas longue. Chaque Micmac, homme ou femme, qui, de maladie, ou la terreur, ou des blessures, n'avait pas été condamnés à l'asphyxie, se hâtèrent avec la dernière énergie du désespoir vers l'ennemi. Le combat fut court et il ne pouvait n'y avoir qu'une issue, mais même alors, de nouvelles pertes de tuée et de blessés était le prix payé par les Iroquois pour la victoire. Et d'autres enfants, et grand-mères, filles, pères et fils, toutes les Micmaques périrent, soit lentement par étouffement, ou plus rapidement sous les tomahawks de leurs adversaires, sans remords. De la nourriture pour les renards et les corbeaux, leurs corps mutilés et scalpés étaient posés sur l'étroite plage ou dans la grotte sombre, et à partir de ce moment, l'endroit fut connu sous le nom de « l'île du massacre », un nom qu'il porte à ce jour.

CHAPITRE V.

Bien que victorieux, les envahisseurs Iroquois n'étaient qu'à moitié satisfaits du résultat de leur expédition. Au lieu de, comme souvent avant, surprendre et piller un village sans défense, ils avaient rencontré de manière inattendue une résistance obstinée. Donc, si obstinée avait été la résistance, que de leurs propres hommes, vingt étaient morts ou mourants, tandis que trente autres étaient blessés, certains gravement, étant inapte au service et en fait, quand un total de leur effectif fut fait, ils avaient constatés que, des cent guerriers qui étaient arrivés au Bic, seulement soixante hommes aptes restaient. Pendant les quelques jours suivants, la bande resta sur la rive de la baie, pour récupérer des forces et d'achever les préparatifs pour le voyage de retour, et le lendemain matin, le quatrième après son arrivée, ils partirent de nouveau ensemble pour la rivière Bouabouscache, sachant que tout nouveau progrès de l'expédition était impossible, et espérant bientôt, une fois de plus de voir la forêt, les lacs et les rivières de leur propre pays. La forêt était calme et paisible, aucune trace de l'ennemi n’avait été vue ou son n'avait été entendu, et comme la bande progressait le long des sentiers battus et plongeait plus profondément dans le bois sombre, leur espoir que l'ensemble de la population de cette partie du territoire micmac avait été détruit augmentait rapidement dans la certitude et la confiance. Les chefs estimaient atteindre les rives de la Bouabouscache dans la soirée de la deuxième journée de mars, et afin de faire des progrès plus rapides, dans la matinée de ce jour, le groupe se divisa en deux détachements, trente des hommes les plus actifs passèrent devant afin d'aller chercher les canots et de préparer un camp pour la nuit, tandis que les cinquante autres, les blessés ou transportant les bagages, suivirent plus lentement.
Maintenant, retournons sur les deux messagers Micmac envoyés au village Maléchite cinq jours avant.
Leur mission avait été accomplie rapidement et avec succès, et la soirée précédente, ils étaient retournés à leurs camarades, accompagnés par vingt-cinq de leurs alliés Maléchite. La bande alliée était composée de seulement trente hommes, et donc la moitié de la force de leur adversaire, mais chaque Indien choisi était un guerrier, frais, alerte et vigoureux, et pour lui chaque pas dans sa forêt d'origine était aussi bien connu qu'au caribou foulant son sol. Les trois Micmacs laissés par leurs compagnons sur les bords de la Bouabouscache n'avaient pas chômé non plus pendant ce temps. Après avoir détruit les canots et les provisions des Iroquois, sans en altérer du moins l'apparence extérieure des « caches », ils avaient traversé les terres riveraines du sentier de la forêt, avaient préparé des embuscades à différents endroits le long, et à partir de ces embuscades avaient ouvert des pistes cachées à travers l'épaisse et presque impraticables broussailles, afin que leur retraite de l'attaque puisse être facilitée. Dès l'arrivée des alliés, quelque un d'entre eux, suivant des sentiers bien connus des guides Micmacs, s'en alla vers la Baie du Bic, pour surveiller les mouvements de l'envahisseur et d'apprendre leur nombre et leur condition, alors que les autres Micmacs, et Maléchites étaient informés de tout ce qu'il était important de savoir, et conjointement avec eux, établirent des plans pour une attaque contre l'ennemi commun.
Les scouts retournèrent à leurs amis vers le milieu de la journée suivante, soit plusieurs heures avant l'arrivée des Iroquois à la Bouabouscache, apportant les détails sur la force de l'envahisseur, l'état de leurs blessés, et la division de leur force en deux détachements, duquel les alliés déduisirent justement le but de l'ennemi de ne pas perdre de temps à retrouver leurs canots. Après avoir entendu le rapport des éclaireurs, les Micmacs et leurs alliés commencèrent le début les opérations qu'ils avaient prévues.
Pendant ce temps les deux bandes d'Iroquois, distant de quelques heures de marche l'une de l'autre, sans cesse s'approchaient de la rivière. La Baie du Bic était maintenant loin derrière, et le long de ce sentier souvent parcouru, à l'ombre des arbres majestueux, ils avançaient en toute confiance, n'ayant pas le moindre soupçon que du silence de cette forêt et apparemment déserté un ennemi vigilant les épiait, et calculait, chaque geste.

CHAPITRE VI.

Vers le milieu de l'après-midi, la première bande d'Iroquois atteint le gué de cailloux traversant la Bouabouscache. Après avoir traversé la rivière, ils traversèrent de nouveau, comme lors de la première arrivée, se faufilèrent à travers l'eau le long de la plage sud, et bientôt atteignirent l'endroit où leurs canots étaient dissimulés. À peine les mains touchèrent le haut des branches des jeunes arbres qui couvraient la cachette, qu'une volée de flèches, arrivèrent de tous les côtés. Si soudaine et inattendue avait été l'attaque, si exposée avait été leur position, pour le moment, qu'ils se sentirent impuissants, et, frappés de panique, le groupe se brisa et chacun fuit vers la rivière, dans le désordre. Profitant de la confusion de leurs ennemis, les alliés les poursuivirent avec tomahawks jusqu'au bord de l'eau, et c'est seulement en entendant les cris de la deuxième bande d'Iroquois répondant aux cris des fugitifs, qu'ils se retirèrent dans la forêt.
Dix scalps furent les trophées obtenus par les Micmacs-Maléchite en ce premier succès, qui ne leur coûta pas un seul homme, et qui, en outre, augmenta considérablement le nombre de blessés parmi leurs ennemis. Ébahis et affligée, la bande d'Iroquois, une fois de plus réunis sur la Rive-Nord du fleuve, tint rapidement un conseil sur la meilleure façon de faire face à ce danger imprévu. La situation était terrible. De la bande originale, il ne restait maintenant que soixante-dix hommes, et de ce nombre, la moitié avaient été blessés plus ou moins sérieusement. Qui étaient les assaillants, en quel nombre, quelles étaient leurs ressources, ils ne savaient pas. Et leurs canoés avaient disparu. Cette dernière était une perte qui, en tant qu'indiens, ils connaissaient bien la pleine signification, et pour un instant, elle causa l'ombre d'une crainte maladive planante au dessus de leur tête. Mais maintenant le temps était précieux. La nourriture prise pour l'expédition du Bic était presque terminée, et bien qu'il est probable que la « cache » de provisions avait subi le même sort que les canots, et qu'il y avait aussi une autre embuscade en attente, une seule option s'offrait à eux. En dépit de tous les risques, avant la tombée de la nuit, une tentative devait être fait pour sauver ce qui était leurs seuls moyens de subsister de tomber aux mains de l'ennemi.
Qu'un affrontement mortel serait inévitable, les chefs en étaient convaincus, et afin d'être préparé, il était nécessaire qu'ils frappent de pleines forces. Tous les hommes qui étaient encore capables de porter les armes, par conséquent, au nombre de cinquante, furent rassemblés pour l'expédition, les vingt autres, dont les blessures les rendant presque impuissantes, resteraient sur place pour faire ce qu'ils pourraient pour préparer un camp.
La « cache » de provisions était située près d'une faible pointe couverte formée par un revirement brusque semi-circulaire de la rivière, qui était distant environ une demi-heure de marche le long de Rive-Nord, et bien que la première visite des Iroquois à cet endroit avait été faite en canots, ils avaient bien pris note du lieu et des marques de repères terrestres afin de ne pas s'y tromper. Battant les broussailles le long de la rivière, le groupe avançait lentement et prudemment, en cherchant les buissons des yeux et de la main à chaque étape, et prenant toutes les précautions possibles contre une surprise. La première partie de l'itinéraire avait été parcouru avec difficulté, mais dans les environs de cette pointe, les sentiers couverts de feuillage, les ormes étiraient leur noble bras géant à travers la forêt, réduisant le risque et les efforts de la marche, et enfin le lieu fut atteint et la « cache » trouvée. L'ennemi ne semblait aucunement près, malgré la présence de préparatifs d'une embuscade avaient été découverts. Mais les provisions et les bagages de guerre avaient totalement disparu. De tout ce qu'ils avaient caché, rien ne restait.
Encore et toujours, les Iroquois cherchèrent, comme si peu disposé à se laisser convaincre de la terrible vérité, jusqu'à ce que finalement, découragé, et le sentiment que la fin n'est pas encore arrivée, ils se dirigèrent une fois de plus en direction du camp. Le crépuscule commençait à s'étendre, et les sentiers bordés de mousse, assombris par l'ombre des arbres, les réflexions des flambeaux portés par leurs chefs dansaient et scintillaient. Soudain, d'un enchevêtrement de jeunes d'arbres et de branches en forme d'abri de chasse, qui jusqu'à présent ils n'avaient pas observé, sortit un cri de bataille et une nouvelle volée de flèches, immédiatement suivies par le bruissement fait par des hommes ou des animaux lors d'une fuite en toute hâte par la forêt. Les Iroquois s'élancèrent dans la poursuite, mais comme ils avaient été retardés par l'obstruction des broussailles, ils réalisèrent rapidement que la tentative était inutile, et se regroupèrent une fois de plus afin de poursuivre leur marche vers les feux de leur campement. Encore plus de blessés. Toujours cette invisible, intangible ennemie. Une autre embuscade qu'ils n'avaient même pas soupçonnée. Ce n'était plus la guerre, c'était le sport du chasseur avec l'être humain pour gibier. Enfin, ils atteignirent le camp. Mais quel horrible spectacle était illuminé par les feux, dont l'éclat, qu'ils avaient vus de loin. Sur les vingt blessés laissés sur place, deux heures auparavant, aucun n'était vivant. Dans la pâle lumière scintillante du feu de camp, les cadavres atrocement, mutilés et scalpés, gisaient sur le sol taché. Les Iroquois étaient secoués de rage et de désespoir, et revinrent à eux-mêmes en réalisant que les quelques provisions, tous les ustensiles, et le reste des bagages avaient été détruits ou volés.

CHAPITRE VII.

Épuisés de fatigue et déjà harcelés par les premiers tourments de la faim, les envahisseurs virent commencer pour eux une terrible nuit, précurseur de jours et de nuits plus terribles encore. Dans le conseil qui se tint autour du feu de bivouac, à laquelle les corps livides de leurs camarades abattus semblaient assistés, et dans leur fantaisie superstitieuse, des spectres souriants de la caverne du Bic semblaient être des témoins silencieux, il n'y avait pas de voix pointant un chemin vers la sécurité. Pour vivre, ils devraient chasser ou pêcher; afin de voir un jour leur maison, la construction de pirogues devrait être tentée, car sans les canots, la maison ne serait jamais atteinte. Et tout cela devrait être fait en présence d'un ennemi invisible et vigilant, dans le cœur d'un pays inconnu, et au milieu d'une forêt couverte par les éclaireurs, à un moment où leur propre groupe comptant de nombreux blessés étant démunis de tout moyen et d'outils autres que ceux pour la guerre. C'était difficile en effet, de résolution ce problème, et peut-être bien que les Iroquois hésiteraient.
Les alliés, quant à eux, étaient déterminés, ni à perdre, ni à un compromis de vengeance qu'ils pourraient apprécier à loisir, avaient décidé de suivre un plan d'action, et la résolution d'hommes impitoyables et aussi certains que le but lui-même, n'étaient que trop certain à poursuivre dans cette ligne jusqu'à la fin. S'abstenir de s'exposer, sauf en cas d'urgence, afin de ne permettre aux Iroquois aucun moyen d'échapper à leur situation désespérée, à poursuivre et à les harceler sans relâche, et de les achevés un à un, était le chemin que les Micmacs et Maléchites étaient entièrement résolus à poursuivre.
Au cours de la première partie de la nuit, que les envahisseurs du sud passèrent dans l'insomnie de l'insécurité, les alliés, surveillés par des sentinelles vigilantes et bien situés, se reposèrent d'un sommeil réparateur. Et quand, un peu avant le lever du jour, cédant à l'épuisement et, dans cette espèce d'insouciance qui est la mère de désespoir, les Iroquois s'endormirent, laissant la garde qu'à quelques hommes étourdis et fatigués des horribles événements de la journée précédente, leurs ennemies étaient près, glissant sous le couvert des arbres et profitant de la brise matinale qui remplissait alors la forêt avec le murmure du vent agitant les arbres, s'approchant de plus en plus de leurs victimes. Imaginant qu'il avait entendu un bruit inhabituel, une des sentinelles du camp se glissa en avant pour vérifier, quand un coup de sifflet, vif comme le cri d'un merlin, attira son oreille. Le moment d'après, envoyant des cris d'angoisse et de terreur, lui et son frère sentinelle tombèrent transpercés par de nombreuses flèches.
Partants d'un sommeil à la confusion, les Iroquois saisirent leurs armes, mais avant d'avoir pu déterminer la cause du tumulte ou de récupérer de leur soudaine panique, une bordée de flèches arrivant de l'obscurité entourant balaya leurs rangs. Et, aussi soudainement, tout à coup, les flèches cessèrent, le calme de la solitude régnait à nouveau sur le camp, laissant ses occupants désespérés et encore plus affaiblis par les blessures graves et nombreuses.
Le jour se leva, et les Iroquois se préparèrent à délaisser cet endroit haineux que même les oiseaux de la forêt avaient abandonné, et où le péril les enveloppait à chaque détour. Heureux, aussi, étaient-ils de fuir les cadavres de leurs camarades massacrés et des tentations répugnantes certaines, que le fantôme de la famine menaçante suggérait à leur vue. En effet, bien que, parfois, les Iroquois avaient mangé la chair de leurs ennemis, l'acte avait été un de pure vengeance et, en fait, avait été considérée comme la plus grande des vengeances que l'homme pourrait atteindre, alors, de s'alimenter des cadavres de leurs propres frères, aurait été considéré comme un acte de sacrilège. Sans connaitre la campagne environnante, ils décidèrent de se rendre à la rivière Trois-Pistoles, en suivant la Bouabouscache afin d'éviter toute erreur, et ce qui était la voie par laquelle ils étaient arrivés. Mais même si, en ligne directe, la distance n'était pas grande, et avec les canots pouvaient être parcourus en quelques heures, une marche au travers des broussailles et bosquets, et à travers les roches, les morasses, et des ruisseaux, promettait beaucoup plus de difficultés. Et à la fatigue et les interminables gestes nécessaires de suivre le long de la rivière près de la forêt, où les progrès de l'homme est tellement lents que, lorsque des milles semblaient avoir été accomplis, seules des courtes distances étaient en réalité couverte, ajoutée à cela, pour les Iroquois, la nécessité de survivre de la chasse ou de pêche, sous des circonstances exceptionnelles et désastreuses.
Quand, donc, le groupe fut prêt à partir, parmi les cinquante survivants des assauts des jours précédents, il y eut douze des blessés qui se déclarèrent incapables d'entreprendre le voyage, et comme il est d'usage avec les guerriers indiens, d'exiger la mort. Le temps était précieux. Conformément à leur volonté, les hommes furent frappés du tomahawk par leurs camarades plus fortunés, et leurs cadavres jetés sur les buches du feu de camp, consommés rapidement, afin que ces scalps iroquois ne deviennent pas un trophées triomphal et ornement pour une fête de l'ennemi.
La politique menée par les alliés de s'abstenir de conflit physique, sauf en dernier ressort, n'était pas uniquement le fruit de calcul et le raffinement de la vengeance, mais avait été imposé par la nécessité. Moins nombreux que l'ennemi, ils avaient, heureusement, été en mesure d'opérer en un groupe, mais le temps est maintenant venu de devoir se diviser en deux groupes. En effet, il était nécessaire que leurs canots de provisions, les bagages, les armes et les réserves soient tenues à l'écart de toute atteinte, bien loin du point d'attaque et pour la garde et la conduite, dix hommes étaient nécessaires. Seulement une bande de guerriers, donc confiants, mais prudents, restaient pour suivre et lutter contre les trente-huit Iroquois, qui, malgré qu'affaiblis et troublés, étaient reconnus pour être formidable jusqu'au dernier.
En attendant, les fugitifs, avant de quitter le lieu de d'arrivée sur la Bouabouscache, avait examiné et analysé les traces laissées la veille au soir et ce matin-là par l'ennemi, et étaient maintenant conscients du fait que le nombre de leurs agresseurs avait été minimal. Cette découverte, s'ajouta aux chances possibles offertes par une forte pluie qui venait de commencer, provoqua une petite lueur d'espoir dans les yeux des guerriers désespérés, tout en se mettant en branle pour leur voyage fatidique.
Mais quatre heures d'une tortueuse et épuisante marche, était égal au plus à une lieu à vol d'oiseau, avait été accompli, et plusieurs des blessés isolés, qui, comme à l'habitude dans les retraites de guerre Indienne, avaient été laissés sans un soin, étaient tombés en proie aux couteaux à scalp de leurs poursuivants. Leurs camarades fuirent toujours par les marais et par dessus les roches et cours d'eau, jusqu'à midi quand, souffrant de la faim ils parvinrent à un endroit où la nourriture semblait susceptible d'être disponible, la fuite fut suspendue. Un peu de perdrix, les porcs-épics et d'autres petits animaux avaient été obtenus par la chasse, qui occupa le reste de la journée, et après avoir fixé des collets et des pièges à poissons à proximité, les fugitifs, reconnaissants pour la nourriture et de repos, établirent un camp pour la nuit et sombrèrent dans un sommeil épuisé. Le lendemain arriva, et, rafraîchis par le sommeil et par les poissons et les animaux piégés, ils se remirent une fois de plus en marche. Trois jours donc passèrent dans l'évasion et la poursuite, des jours d'épreuves et de périls, et, déjà dans la poursuite mortelle, onze des blessés avaient payé à leur poursuivant implacable la dette de sang contractée à la caverne du Bic.
Le soir du troisième jour, près de la rivière Trois-Pistoles, un bosquet de bouleaux géant entouré de collines, fut atteint, et dans plusieurs endroits des marques fraiches sur l'écorce des arbres, qui avaient été mangés par les orignaux, étaient visibles. L'espoir revint au sein des fugitifs désespérés, car cette découverte était pour eux comme la planche de sauvetage d'une épave. Mais pourraient-ils se procurer une petite quantité de gibier pour se nourrir, et à partir de la large écorce construire à la hâte quatre ou cinq canots, ils pourraient en quelques heures, atteindre les eaux du grand fleuve Saint-Laurent, et, finalement en sécurité, partiraient à nouveau pour leur terre, la lointaine terre de leurs pères. Confiants, une fois de plus, les Indiens qui restaient, qui, en dépit des catastrophes par lesquels ils avaient passé, conservaient toujours le courage de leur race, commencèrent la tâche avec l'ardeur de cœurs solides récupérant des coups d'un destin cruel.
À l'embouchure d'une petite rivière à proximité se trouvait l'un des îlots formés par l'amoncellement de sable et de gravier porté par les grandes marées du printemps. Un canal étroit, dont il était possible de traverser, séparait l'île voisine de la rive, et là, après la poursuite, les Iroquois estimaient qu'ils pourraient passer en paix les quelques jours nécessaires à la construction des canots, sans crainte d'être surpris par leurs ennemis cachés. Sur ce point déserté, leur camp pour la nuit fut préparé. Tôt le matin du jour suivant, la bande entreprit d'examiner les traces d'orignal, qu'ils avaient vu à l'arrivée, et bientôt, réussirent à trouver des pistes qui avaient été très récemment laissées par l'orignal et son petit. Les deux animaux avaient suivi, dans leur marche sinueuse, une pente couverte d'érables denses et, comme les Indiens découvrirent bientôt, avaient parcouru à un rythme qui dénote l'absence de toute inquiétude.
La bande s'arrêta un moment pour organiser les détails de la chasse, car il était important qu'ils réussissent à capturer l'animal, un résultat qui ne peut être accompli par l'avance d'un groupe, il était également nécessaire, compte tenu de la présence possible de l'ennemi, que leurs forces ne soient pas affaiblies. Deux des plus remarquables chasseurs de la bande, par conséquent, commencèrent à avancer pour traquer les animaux, tandis que les autres, silencieusement suivirent à peu de distance, se tenant eux-mêmes prête à tout instant à se porter à l'aide de leurs frères si nécessaire. Pour plus d'une heure ils avancèrent de cette manière, en silence et lentement, lorsque les oreilles expérimentées des deux chasseurs entendirent au loin, et provenant de la pente couverte d'érable, le cri terne et plaintif, « Te-am »,« Te-am »,« Te-am, »de la jeune orignal. Les Indiens le savaient bien que si, à travers la neige profonde et difficile de l'hiver, la chasse de l'orignal, ce noble monarque de la forêt canadienne, était facile, au cours des mois d'été, il était extrêmement difficile, et pouvait rarement être accompli avec succès. Mais aujourd'hui, les chasseurs étaient rusés, le lieu était favorable, et c'était une question de vie ou de mort.
Afin que la chasse ne soit pas ruinée, quelques branches fourchues avaient été laissées par les Iroquois sur le sentier qu'ils avaient fait pour informer le reste de la bande de s'y arrêter et sans risque d'effrayer le gibier, et de peut-être au besoin de redoubler leur veille. Puis, avec un soin infini, ils avaient commencé l'approche, se déplaçant avec le vent en face venant de la direction des arbres au milieu desquels les orignaux s'étaient cachés. Avançant un pas avec prudence, et se glissant derrière l'abri des buissons, regardant silencieusement devant et furtivement rampant sur les mains et les genoux, glissant autour de clairières, en profitant de toutes les irrégularités dans le sol, sans casser une brindille ou une branche sur leur chemin, en un mot, tous les gestes qui dénote une connaissance intime de la forêt et de l'habilité de ses habitants, combinée à un effort désespéré de patience, qui pourrait s'y développer, ils purent peu à peu s'approcher de plus en plus à la proie. Le jeune orignal, à moitié caché par un grand arbre tombé couvert de mousse et de tours d'érable, était couché avec son dos vers les chasseurs, à deux pas plus loin sa mère pourrait être vu, debout, comme si enterré dans le feuillage dense qui l'entourant.
Se glissant sur le tapis de la forêt, les chasseurs, après plus d'un arrêt,s'approchèrent finalement à une portée de flèche des deux animaux. La femelle, sans doute machait les fibres, n'ayant pas remué, mais le petit se plaignait de temps à autre, se déplaçant nerveusement sur son lit de feuilles. Se relevants avec précaution, les Indiens se plantèrent fermement un genou dans le sol, puis bandant leurs arcs de bras vigoureux, ils visèrent par les ouvertures entre les branches,tirant ainsi sur les bêtes deux flèches, et de la afin de confirmé leur succès, se précipitèrent vers le gibier. Ils atteignirent les corps des orignaux en un instant, en plongeant d'un coup de couteau la chair palpitante, ils furent eux-mêmes transpercés par des flèches sans pouvoir émettre un cri, tombant dans la noirceur de la mort. Les Micmacs-Maléchites avaient, auparavant tuer la mère orignal, et après avaient attaché son petit à ses coté, appâtant ainsi leurs ennemis comme ils appâtaient l'ours, le lynx ou le glouton de leur forêt.
Mais la chasse à l'homme n'était pas terminée. Plaçant à la hâte le corps des deux chasseurs à moitié debout contre un arbre tombé à proximité des animaux, les alliés émirent un double cri, long et fort, et attendirent en embuscade la venue de l'ennemi. Les Iroquois, estimant que les chasseurs les avaient appelés et arrivèrent plein d'espoir a la vue de leurs deux camarades penchés au dessus du gibier. Une volée de flèches meurtrières fut la seule bienvenue. Faibles et découragés, les malheureux hommes ne tentèrent aucune résistance, mais prirent la fuite vers l'île, laissant ainsi sur le terrain neuf de leurs camarades destinés à être scalpés par les attaquants. Re gagnants une fois de plus le lit de cailloux de la rivière, les misérables fugitifs rassemblèrent tout leur courage afin de faire face à la mort désormais si proche.
Les alliés, quelques heures plus tard, rassemblant leurs forces autour des canots qui avaient été apportés par leurs compagnons, et remontées sur la plage, avaient décidé qu'il était temps d'en finir avec leurs ennemis, décidés à faire quelques prisonniers afin d'augmenter leur triomphe dans la victoire, étaient déterminés à effectuer une attaque sur le champ. Divisant leur groupe en deux, ils attaquèrent par les deux côtés de l'îlot occupé par les derniers des assassins de leurs frères. La bataille fut rapidement terminée, même si l'inégalité dans cette lutte compta trois Maléchites tués et de nombreux autres blessés dans la bande allié. À l'exception de six individus pris vivants, l'ensemble de la bande des Iroquois avait été passé au tomahawk et scalpé, leurs corps étant laissés sur le sable rouge, afin de témoigner de l'horrible vengeance de l'Indien.

CHAPITRE VIII.

Le lendemain fut un jour de triomphe pour les Micmacs et Maléchites. Sur le feu de camp, la viande tendre du jeune orignal avait été mise à rôtir, et entre-temps l'un des prisonniers, liée au poteau fatidique, était la cible de leur cruauté et sauvagerie. Les insultes et les tourments causés à la victime servaient d'interludes entre les chants, les danses, et la fête de la victoire, et enfin le malheureux Iroquois, sur le point d'expirer, fut scalpé en présence de ses cinq camarades, qui, liés et impuissants, avaient été les témoins silencieux de la scène.
Le jour suivant, après le partage des scalps et du partage des prisonniers restant, les alliés se séparèrent, renouvelant leur serment d'alliance, et promettant une haine éternelle de la Nation iroquoise. Les deux groupes repartirent vers leurs territoires, les Maléchites retournèrent en canot à la Madaouaska, et les cinq Micmacs, avec deux prisonniers, prirent une fois de plus le chemin forestier pour le Bic. En arrivant à la Baie, les Indiens rencontrèrent un certain nombre de leurs tribus, qui, à l'appel des femmes et des hommes âgés qui avaient été envoyés plus loin sur le bas Saint - Laurent à l'approche des Iroquois, avaient immédiatement embarqués à bord de canots afin de secourir leurs frères du Bic. Ensemble, ils visitèrent les lieux du massacre et, ensemble, ils regardèrent, maintenant éparpillés le long les rochers, et couvrant le sol de cette grotte sombre, les corps en décomposition et méconnaissables ceux qui, jadis ils avaient aimé.
Puis, après la mise à l'intérieur de la grotte de tous les cadavres de leurs frères assassinés, et avant de souhaiter un dernier au revoir à cet endroit (car même à ce jour, les Micmacs ne campent jamais au Bic) deux pieux furent plantés dans le sol, et les prisonniers Iroquois, avec le visage tourné vers l'Ile du massacre, y furent liés. Ayant d'abord été scalpés vivants, ils furent ensuite soumis à tous les tortures les plus féroces que la cruauté pouvait inventer, et enfin, sur le point d'expirer, leur corps nu, entouré de fagots d'écorce, furent brûlés en cendres, comme acte final et couronnement des représailles de l'Indien.
Longtemps après, dit la tradition, les ombres des Micmacs massacrés pouvaient être vus la nuit, errant sur les falaises de l'Ilot, se mélangent aux gémissements de la mer. Souvent, aussi, la nuit, une bande d'Indiens fantômes, armés de torches feintes, pouvaient être observée dansants, dans de grotesque contorsions, sur la plage de la Baie. Et c'est en accord avec cette tradition que les deux caps qui lient l'entrée des eaux du Saint-Laurent, ont reçu les tristes noms de « Cap-Enragé » et « Cap-aux-Corbeaux ».
Des siècles ont passé, et toujours dans le logement du fermier, quand l'ombre de l'hiver se fait sentir et que la journée de travail est terminée, tandis que le feu de la cuisine crépite et la bière maison coule, rinçant la bouche et rougissant les joues, le récit du massacre est raconté. Jusqu'à des années récentes, les os blanchis des Micmacs assassinés couvraient le sol de la caverne, et même maintenant, alors que sur ses falaises le manteau sombre de la nuit tombe, quand les cris discordants du hibou se font entendre au-dessus du rugissement de la mer, et lorsque, au travers des pins et des crevasses rocheuses, la nuit, le vent chante sa chanson triste, « prononçant », dit l'histoire « le cri plaintif d'une âme dans la douleur »  il n'y en a pas beaucoup qui ont l'audace de s'aventurer sur la sépulture des malheureux Indiens du Bic
 
 
Ce qui suit est probablement la plus vieille des légendes indiennes du Canada, les incidents principaux en liaison avec celle-ci furent relatés par Donnacanna à Jacques Cartier lors de sa remontée du Saint-Laurent en 1535. (Un conte de collaboration entre les Mi'kmaw et les Malécites-Maléchite contre les Iroquois)
1. Source: Internet Archive

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