Kakona: La Détresse de 1833

 

Lettre du Curé de Kakona en réponse à la Circulaire
Kakona, ce 21 Novembre 1833
Monsieur,
Je suis bien fâché de ne pouvoir pas vous donner les détails circonstanciés concernant la détresse qu'il y a en cette Paroisse. Si vous m'aviez permis de faire une assemblée, j'aurais pu vous donner là-dessus toute satisfaction possible, au lieu que les informations que j'ai à vous donner ni seront pas aussi correctes. Voici donc à peu près l'état de détresse d'une partie des Habitants de Kakona. Environs 25 à 30 chefs de famille n'ont, les uns riens, les autres presque rien récolté; c'est peu de choses en effet que d'avoir récolté 8 é 12 minots de grains gelés. Ce sont ceux-là ont d'animaux va être le seul soutient d'ici environ à la fin de Février prochain, et ceux-là et beaucoup d'autres qui sont un peu moins affligés, mais pourtant qui n'auront pas assez de provisions pour leur année, s'attendent qu'on leur avancera à crédit les provisions dont ils auront besoin.
Tous les Habitants de cette Paroisse, excepté 5 ou 6. ont souffert plus ou moins, et ce qui les inquiète tous, n'est pas encore la crainte de mourir de faim, comme celle de ne pouvoir pas ensemencer leurs terres le printemps prochain.
Ils ont presque tous été forcés d'acheter à crédit pour les ensemencer le printemps dernier, s'attendant que leurs récoltes leur fourniraient les moyens de faire leurs remises cet automne, et ayant été complètement trompés dans leur attente, ils craignent avec raison, que ceux qui leur ont avancé à crédit le printemps dernier, ne veuillent plus en faire autant en leur faveur le printemps prochain.
Ils se préparent à pétitionner la Législature, de concert avec la Paroisse circonvoisines qui sont dans le même cas, pour obtenir soit du grain de semence ou de l'argent, pour en acheter. "Si on on nous refuse ce jour-là," m'ont-ils dit, "la grande moitié des terres labourées, vont rester en friche." Plusieurs n'ont que très peu semé le printemps dernier, ce qui a ainsi un peu contribué à la présente détresse générale de la Paroisse. L'argent est si rare ici, que le peu d'effets qu'il y a à vendre se donne à vil prix. De bons chevaux vendus à la criée n'ont monté qu'à 9 ou 10 piastres, de bonnes vaches grasses ont été données pour 7 ou 8 piastres.
Ces Paroisses-ci sont trop éloignées de la ville pour trouver à se défaire avantageusement de la surabondance des fourrages; il faut que ces fourrages soient dépensés sur les lieux et je ne doute pas que les Habitants se mettraient à élever des animaux s'ils pouvaient facilement les faires transporters en ville. Mais ils ne trouvent presque rien et de leurs animaux et de leur fourrage, ce qui les met dans un état de pauvreté généralisé. Obligés de livrer leurs effets de 15 à 20 par cents plus bas que les autres Habitants des autres Paroisses, et d'un autre côté, forcés de payer les marchandises qu'ils achètent toujours sur les lieux de 12 à 15 par cent plus cher que les autres; tout cela contribue puissamment à les empauvrir; de là les dettes, de là la vente des terres pour payer ces dettes, etc..
Champs en 1901Il serait bien à désirer qu'il y et ici une ligne de bateaux à vapeur calculés pour le bas de la Rivière pour communiquer une ou deux fois par semaine avec Québec, cela remettrait ici l'abondance d'argent, les marchandises seraient de meilleur marché et le marché de Québec surbonderait d'excellentes viandes et poissons frais pendant l'été, le beurre, l'orge y seraient bien vendus l'automne, l'avantage serait grand pour les uns et les autres; car les provisions ne seraient pas aussi chères à Québec.
Je ne sais pas si je me trompe en cela, mais il me semble que cette amélioration dans cette vaste partie de la Province, serait digne de l'attention de la Législature. Et si cette même Législature a bien voté des sommes assez considérables pour faciliter les communications entre Québec et Halifax, je ne sais pas pourquoi elle ne le voudrait pas pour les bas de la Province,
Le petit Havre de la Rivière du Lour serait excellent et très bien calculé pour des bateaux à vapeur. Je ne doute pas que si le Parlement réveillait l'attention publique, il se formerait bien vite de nombreuses compagnies d'actionnaires.
Veuillez me pardonner cette disgression, un peu étrangère à la question que vous m'avez faite. Si vous désirez de plus amples informations, je vous en prie de m'en donner avis et un peu plus de temps que j'en ai eu, et je ferai de mon mieux pour vous donner les renseignements possibles.
J'ai l'honneur d'être,
(Signé)
P. ROY, Ptre

Pétition des Habitants de St. George de Kakona,
exposant la détresse où ils se trouvent.
A Son Excellence le Très-Honorable Matthew Lors Aylmer, Commandeur du Très-Honorable Ordre Militaire du Bain, Capitaine-Général et Gouverneur-en-Chef dans et pour les Provinces du Bas-Canada; Haut-Canada, etc., etc., etc.
Qu'il plaise à votre Excellence,
La pétition des Habitants de la Paroisse de St. George de Kakona dans le Comté de Rimouski, sous-signé;
Expose Humblement:
Que l'état de détresse où vos Péticionnaires se trouvent réduite par le manque de la dernière récolte, causé par les gelées qui se sont fait sentir dès ce mois d'Août dernier dans toutes les parties de ce Comté, est tel qu'une partie de vos Petitionnaires se voient exposés aux horreurs de la famine, et l'autre partie privée de grains pour ensemencer leurs guérets le printemps prochain. Qu'il est triste d'entendre dire telle famille n'ont rien à manger, telle autre n'a pas mangé depuis deux jours; qu'il est pénible le sentiment qu'on éprouvre lorsque l'on sait que quelqu'un affaiblit.
Votre Excellence, avec la Chambre du Parlement, a pris l'année dernière toutes les mesures et employé tous les moyens que lui suggérait la prudence humaine pour préserver les Habitants de cette Province du Choléra Asiatique, ce fléau dévastateur qui a fait tant de ravages et enlevé tant de victimes; à combien forte raison Votre Excellence, (vos Pétitionnaires òsent se flatter) apportera-t-elle les soins et la sallieitude possibles pour préserver une partie des loyaux sujets de Sa Majesté de périr de faim, lorsque les moyens à prendre sont à sa portée et plus certains.
Ce considéré vos Pétitionnaires reposant la plus grande confiance dans les sentiments d'humanité de Votre Excellence, concluent humblement à ce qu'il lui plaise prendre l'exposé ci-dessus en sa sérieuse considération, apporter un remède prompt et efficace à leur misère et détourner de dessus d'eux les honneurs de la famine qui les menacent, en leur accordant tels secours alimentaires que Votre Excellence jugera nécessaires et des grains pour ensemencer leurs terres le printemps prochain.
Et vos Péticionnaires ne cesseront de prier.
 
St. George de Kakona, 3 Déc 1833
(169 Signatures)
 

 

Pétition des Habitants de St. George de Kakona

Source: Notre mémoire en ligne, produit par Canadiana.org

En fin d'année 1816 le Raport du Grand-Voyer du District fait part d'une famine dans les Paroisses en bas de Québec. Nos Paroisses sont dans un tel état de détresse qu'il est indispensablement nécessaire d'assister une partie des Habitants de Grains pour la nourriture et Semances afin d'empêcher les plus pauvres de mourir de faim.
Qu'il est indispensablement nécessaire d'avancer une autre somme de Quinze Mille Cinq Cents Louis Courant, pour assister les Pauvres desdites Paroisses en articles de nourriture jusqu'au premier jour de juin prochain, et spécialement durant le temps qu'ils sement leurs Terres.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source photo: Musée McCord